21/12/2004

Des gars du bled.

En un peu plus d’une semaine que nous sommes en Tunisie, on est presque devenu des gars du bled. Pas moyen de débarqué en ville sans se faire hélé par des amis de Nafaa depuis la terrasse d’un café.
- « Venez ! Venez prendre le thé avec nous ! » tout cela dans un festival de grands gestes, de cris. Ils s’y mettent à trois pour nous convaincre.
- « On arrive, on passe chez le barbier et on arrive ! »
La jeune pharmacienne, les cheveux noirs attachés en chignon installe une publicité sur le trottoir. Le barbier découvre sa vitrine des panneaux de bois bleu qu'elle portent la nuit. A une table, dans ce café d’orient, les murs couverts à mi-hauteur de carrelages bleu et blanc, quatre patriarches en keffieh et burnous, font claquer les cartes de la belote. Voilà comment commencent les journées pour les gars du bled. Le rasage, le thé et un ou deux baklavas pour déjeuner. Dans le Sahel, le thé et le café se préparent plus ou moins de la même manière. Le café est bouilli, servi avec le marc et un peu de fleur d’oranger. Mais on peut aussi trouver un café-filtre (un capucin ou un direct avec la mousse de lait et de la poudre de chocolat) au « cabaret » comme disent les barakis. Le thé est fort, amer, légèrement adouci de sucre. Rien à voir avec les infusions de menthe que l’on nous sert dans les restos couscous européen.
Les gars du bled nous avons eu l’occasion de les rencontrer tout au long de notre séjour. Ali, Mohamed, les frères de Zahran, nous les avons rencontré lors d’un barbecue en plein air. Le feu alimenté par l’huisserie familiale. Volets, encadrements, portes tout y est passé. Quelques dalles empilées en guise de tabourets. Une table montée de la même manière et couverte d’une vieille tôle. Arabes et européens ont longuement discuté autour d’un festin de viande de mouton, de salade machouia, de pistaches et d’amandes fraîchement grillées. Ensemble, nous partageons le Magon (un vin tunisien) et la cigarette jusqu’à ce la lune soit haute dans le ciel et que la grande ourse immense. Preuve aussi que cette soirée était sous le signe du mélange culturel, la radio de la voiture, branchée sur RTCI (la chaîne internationale tunisienne) qui, à l’habitude nous diffuse du Cheb Mami, du Oum Kalsoum ou les derniers titres de Samir, programmait le fabuleux album de Coltrane et Ellington. Ainsi, en pleine Tunisie, dans un champ délimité par des murs de cactus, « An emotional thing » se répand dans la nuit étoilée.
Même à cette heure tardive, le bled continue à vivre. Une 404 dévale les rues à toute allure.En ces nuits de novembre, on peut fumer le narguilé, boire un café en terrasse, discuter avec ami. Un gars rentre à pied du village voisin. Un couple de jeunes mariés en voiture. Nous avions vu le cortège du marié, le matin même. Tambour et bombarde l’accompagnaient vers le hammam et ensuite vers la maison de sa promise. Un autre veille et porte le deuil d’un proche. Il est entouré d’un groupe d’hommes assis sur de fines paillasses, des peaux de moutons, enveloppés dans leurs burnous. Ils parlent arabe mais je comprends que leur conversation porte sur les taxes, le commerce « parallèle », les technologies. Ils prononcent même le nom de « Bill Gates ». Pendant quatre ou cinq jours, ils vont ainsi se succéder. Parler de ce qui fait la vie. Accompagner leur ami. C’est ce que nous ferons aussi, avec Nafaa. Les autres sont en discothèque. Nous mangeons dehors. Savourer la douceur et la sérénité de la nuit. Et enfin, croiser nos cultures dans une dernière conversation avec son cousin Saabi.
L’expression « la nuit porte conseil ! » doit se rapporter à ce genre de moment.

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20/12/2004

Fayats in Tunisia... Suite !

Vous allez enfin connaître la fin de nos aventures en Tunisie ! Ou comment on écrase les mobylettes ! Si Eric a réalisé son rêve de Tunisienne etc, etc…
Il ne faut pas se faire d’illusions, conduire en Tunisie est un autre sport. A se demander comment le trio Eric - Colin Mc Rae – Lapin n’a rien écrasé !? Car ce n’était pas eux qui conduisaient dans le rond-point de Sahline lorsqu’une mobylette, plein tube, arrive par l’intérieur pour s’écraser sur l’aile avant de notre Clio berline. Bang… la fourche est pliée en 8… Bang… Le gars se mange le capot, les jambes en l’air, il retombe… Bang… les freins, on arrête la caisse. Le mec se relève, on sort de la voiture, le rond-point se remplit de monde. Le flic débarque, attrape le gars : « ça va !? » Il répond que oui. Le flic regarde Nafaa : « Ok, toi tu remonte dans ta voiture et tu t’arraches ! » Le gars ramasse sa mob et se casse aussi. Le tout, moins d’une minute top chrono ! Tout de même, on a tous eu de la chance !
On en est à la moitié du séjour, Eric et Lapin n’ont encore repéré aucun jupon de plus de 18 ans. David s’impatiente un peu et dans une rue de la médina de Sousse lance cette question terrifiante « Mais où sont les pouffes ? » et d’un front de commerce, on entend : « Ici mon ami, des pouffes à dix dinars ! » Sorry l’ami mais ce n’est pas ce genre de modèle qu’il recherche mais cela nous a bien fait rire.
Nos culs commencent à s’échauffer mais les épanchements ne sont pas encore là. Mais Tof tente le diable. Le barbare est le seul qui, en rentrant à trois heures du matin, termine les piments du couscous.
Quand on est touriste, l’autre sport auquel il faut s’adonner, c’est le marchandage au souk. Première règle, si tu n’as pas l’intention d’acheter, tu ne t’arrêtes pas ! Tu ne fais pas de lèche-vitrine devant les échoppes ! Tu ne te laisses pas attraper pas le marouf qui veut te serrer la main et te montrer ses merveilleux produits. Parce que si tu fais ça, le commerçant, il a déjà tes dinars dans sa poche. La deuxième chose qu’il faut savoir, c’est que peu importe le prix final, le gars, il va se faire du bénéfice. Donc, le but est de faire descendre le prix le plus proche possible de ce qui te semble raisonnable et de ce que tu es prêt à débourser. Mais ça, cela peut prendre une demi-heure ! Même pour une petite merde de chameau en pluche. Exemple : Les cendriers ! Vendus, prix affichés, deux dinars dans la médina. Je repère un modèle qui me plaît, un peu plus grand et décide d’en acheter deux. Combien !? 35 dinars/pièce. Le décor est planté. 1euro ½ d’un côté, plus de 25 de l’autre.
- « Non, c’est beaucoup trop cher pour moi ! »
- « Bon, tu t’énerves pas ! C’est quoi ton prix le plus bas ? »
- « Moi, je donne 5 dinars pour les deux, pas plus ! »
Là, je suis déjà au prix officiel, donc j’oublie l’idée de faire une « super okaz ». Et le gars commence son cinéma. Il fait la gueule, il prend l’air désespéré comme si je le saignais à blanc. Mon but, là, est de rester dans ma fourchette de prix. Surtout ne pas la revoir à la hausse attendri par ses arguments :
- « Oui, mais tu te rends compte, c’est de la qualité ! C’est fait à la main ! »
Faut imaginer la scène, on s’est assis à une table pour discuter. Les cendriers sont déjà emballés, dans un sac plastique posé devant nous. Le mec sait que je vais repartir avec. Moi aussi d’ailleurs. Il n’y a que le prix que l’on ne connaît pas.
- « 60 dinars, les deux. Tu ne trouveras pas moins cher ! »
- « Non ! Tu comprends, je suis étudiant, je n’ai pas beaucoup d’argent. Je ne peux pas mettre plus que 5 pour les deux. »
- « Bon, 50 dinars et un paquet de cigarettes »
- « Non, ce n’est pas possible. En plus, je ne fume pas ! »
Bref, après vingt minutes, je lui serre la main, j’emporte mes cendriers pour dix dinars les deux. Je l’ai payé plus cher mais pas trop cher et le gars m’adresse un sourire heureux. Rien à voir avec le cinéma qu’il faisait, il y a encore dix minutes. On plaisante un peu, on salue. Il me fait son imitation de Rambo. Un sacré spectacle, d’autant qu’il s’était cassé la figure et le bras en scooter, la semaine précédente. Que des broches de vingt centimètres lui sortent de l’épaule et de l’humérus. Pas glorieux le justicier du monde. Mais je crois que l’on a tous les deux passé un bon moment lors de cette négociation. En fin de compte, c’est son boulot de tirer du fric aux touristes crédules. Maintenant, je ne sais pas si ce jeu ne se transformerait pas en guerre, en plein été, sous un soleil de 40 degrés et si les shorts – sandales étaient un millier de plus.

12:48 Écrit par Fr.... | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/12/2004

Ça lui a coûté la peau des fesses mais pas chez l’épicier du coin

Les Hammams sont comme les mosquées ! On en trouve toujours bien un dans un rayon de deux kilomètres. Voilà bien un autre des plaisirs de l’orient : le Hammam. Ou comment commencer la journée en prenant soin de nos petits corps. Le bain de vapeur, la douche et enfin le massage. Nous sommes allés dans le plus vieux Hammam du bled. Intact depuis une centaine d’année, l’établissement est bien loin des centres de vitalisation moderne. La raison de la conservation de son état est qu’il est également situé sur un lieu de pèlerinage. Juste à côté du tombeau d’un saint. Pas de carrelage aux motifs floraux. Pas de cabine de douche, elle se prend à coup de seaux d’eau. Pas de grandes salles spacieuses et confortables. Les murs sont simplement couverts de chaux. La salle « chaude » est petite et la citerne d’eau chaude prend la moitié de la pièce. On y trouve qu’une petite banquette, où l’on peut à peine s’asseoir à trois. Et une seconde, à hauteur de plafond, sur les bords de la source de vapeur. C’est là que, chauffant petit à petit, montant imperceptiblement vers Laurent, l’eau du Hammam est venue lui mordre les fesses. Hurlant de douleur, il saute au sol, abaisse son short, il hurle : « Putain, je me suis fait ébouillanter le cul ! » Vous imaginez bien que nous étions pliés de rire. Nos ablutions terminées, nous avons fait étape chez le barbier pour un rasage « à l’ancienne », blaireau et rasoir, avant de retrouver Eric et Lapin qui préféraient rester au lit. D’ailleurs, à notre retour, Eric a eut cette magnifique phrase, le sourire aux lèvres : « Je sors d’un lit bien chaud ! » Connaissant son appétit sexuel du moment, on aurait pu interpréter : « Je sors d’un libyen chaud ! » mais on va lui laisser le bénéfice du doute.
Là où Laurent a fait très fort, c’était chez l’épicier, le soir même :
- « Bonjour mon ami, je voudrais une bouteille de Coca ! Et mets moi 300gr de pistaches ! Et tant que tu y es, 100gr d’Amandes grillées aussi…. Ça fait combien ? »
- « 6 dinars 800 millimes »
- « Quoi !? Tout ça ! Non, c’est trop cher ! »
- « Euh.. Attends… 3 dinars 800 »
- « Bon, tiens ! J’ai un dinar, c’est bon ainsi ! »
- « Non, monsieur… un dinar, ça ne va pas ! »
- « J’ai un autre dinar dans la voiture, j’arrive, je vais le chercher ! »

Donc Laurent embarque le tout pour deux dinars alors que le gars n’avait même pas essayé de l’arnaquer et lui avait donné le prix juste. Les 100 gr de pistaches, c’est pas loin d’un dinar 200 et la bouteille de coca, c’est largement ça aussi. (1 dinar = 0,75 €) Le pauvre aura payé pour tous les autres qui ont trop forcé sur les prix ! La photo a été prise sur le site de l’ancienne Carthage

16:25 Écrit par Fr.... | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |